3 Boulevard du Lycée, 74000 Annecy
Amicale philatélique d’Annecy

1860 : Sur la période de Transition de la Poste de Juin à Décembre

Exemple (en haut), Faverges : Lettre simple locale (même bureau) non affranchie taxée « 10 Cmes » (mention manuscrite pour cause de manque de timbres-taxe, tarif français du 22 mars 1800) marquée par le timbre à date sarde, le 26 septembre 1860.

Contexte de l’Histoire Postale : Le 14 juin 1860, la Savoie ainsi que le Comté de Nice devinrent français. Il est bien connu que le même jour, les timbres-poste français de l’émission « Empire non dentelé » furent introduits.

En plus, les tarifs français sont mis en vigueur immédiatement, par exemple le tarif du 1er juillet 1854 pour des lettres bureau à bureau, le tarif du 22 mars 1800 pour des lettres locales adressées dans la même ville, et le tarif du 1er avril 1830 pour des lettres d’un bureau pour une distribution avec laquelle ce bureau est en relation directe.

Mais comme notre lettre locale de Faverges pour Faverges le montre, les timbres-taxe de l’émission de 1859 ne sont pas encore disponibles dans tous les bureaux. En plus, la Poste française ne connait pas de timbres-taxe à double traits à 10c, alors, c’est la créativité des postiers pour trouver une solution pour taxer des lettres locales.

En outre, les timbres à date français ne furent fournis qu’après le 1er octobre 1860. Par conséquent, les timbres à date sardes sont utilisés pour marquer les plis et annuler les timbres français jusqu’à l’introduction des timbres à date français.

Le paragraphe 2 de cette circulaire (en haut) traite l’introduction des tarifs postaux français dans les régions annexées. BM de juin 1860.

Les marcophilistes chassent typiquement les plis avec des timbres-poste français oblitérés par des timbres à date sardes. Mais ils ont un peu négligé des plis non affranchis ou en franchise qui sont aussi intéressants que les plis affranchis.

Somme toute, la transformation de la Poste sarde pour devenir une Poste française n’était pas trop facile. Nous citons les Comptes Rendus du Conseil Général de la Haute Savoie du 22 avril 1861 (deuxième de haut à droite).

 

en haut: Faverges : Lettre en franchise du maire de Seythenex pour Annecy marquée par le timbre à date sarde, le 29 août 1860.

Les Timbres « RETRODATO » : Lettre de Taninges pour Chambéry

A partir de 1824, dans le Duché de Savoie, les timbres « RETRODATO » remplacent les timbres « déboursé » introduits par la poste française pendant la période des Départements Conquis (84 MONT-BLANC et 99 LEMAN).

 

Voici un bel exemple : Marque de port dû TANINGE, marque du bureau à remise du 1er janvier 1844 à 1849. Taxe à 6 soldi (2eme rayon de 30 à 110 kilomètres) – tarif du 30 avril 1844 – Inconnu à Chambéry, d’où la marque CHAMBÉRY / RETRODATO LUG. 15, (1) : la lettre est retournée « à ses parents à Rumilly par Bonneville ». Adressée à Rumilly (en Albanais), la Poste débourse, une

nouvelle fois la lettre (marque française grattée linéaire de RUMILLY LUG.16 ( ?) (2)). Il s’agit, en réalité, de Rumilly sous Cornillon (4), par  La Roche et non par Bonneville. La lettre est, une nouvelle fois déboursée à LA ROCHE (marque de port dû utilisée de 1823 à 1849) LUG. 25 (3). L’adresse est modifiée « au bureau de Mr l’Intendant Général Chambéry » où elle parvient le 5 août (AGO.5) (5).

Le timbre RETRODATO de Chambéry :

CHAMBÉRY : marque non signalée dans le catalogue Domenech en 1966,  mais signalée par Vollmeier (1985). Cette marque est connue de novembre 1830 à janvier 1848 en noir. De plus, Vollmeier a vu cette marque en rouge en novembre 1838. Mais l’utilisation de cette marque comme RETRODATO n’est pas signalée.

RETRODATO : Vollmeier signale cette marque de Chambéry d’août 1829 à août 1838 en rouge. Voici cependant une utilisation à partir de 1844. (La lettre n’est pas datable, mais la marque TANINGE n’existait pas avant 1844.)

Littérature :

  • Domenech, Michel : Marques Postales et Oblitérations de Savoie des Origines à 1876, Chambéry, 1966.
  • Vollmeier, Paolo (ed.) : Storia Postale del Regno di Sardegna dalle Origini all’Introduzione de Francobollo, volumes I, II, III, Castagnola (Suisse), 1985.

Page marcophile connexe : 1824 : Les timbres « RETRODATO ».

 

1878: Création du Bureau de Menthonnex-sous-Clermont

en haut: Timbre à date type T18b (« mixte », millésime en caractères « bâton ») – 5 mai 1900

Ce village (population en 1876: 930) est desservi par le bureau de Seyssel jusqu’au début de

1878. Se trouvant sur la route principale de Chambéry à Genève par Frangy, il apparait beaucoup plus facile de rattacher la commune à Rumilly. Cependant la desserte par un facteur pose le problème de la longueur des tournées.

C’est pourquoi un bureau est créé dans la deuxième partie de 1878, bureau auquel sont rattaché les communes de Thusy, Versonnex, Crempigny, Bonneguête et Saint-André de Rumilly (pour quelques mois seulement). Une délibération du Conseil Général du 5 juillet 1878 fait état de la création du bureau avec espoir d’ouverture pour le 1er août 1878.

Le bureau obtint le numéro 6609 et est établi sur la route principale de Rumilly à Frangy, dans le hameau de Mionnaz. Un petit véhicule hippomobile, une patache, va transporter le courrier de 1878 à 1923, date à laquelle il sera remplacé par un véhicule automobile de l’entreprise M. BUTTIN de Rumilly. Ce bureau a aujourd’hui disparu. Le nouveau bureau est désormais au chef-lieu de Menthonnex.

 

Le timbre à date au type 18 sera remplacé par un type A3.

Bureau de poste de Menthonnex-sous-Clermont, avec la patache pour le transport du courrier et, peut-être la postière. (Carte postale PITTIER –Annecy)

Lettre en franchise de la Mairie de Crempigny. Boîte rurale C de Crempigny. Timbre à date au type 18b (« mixte ») du bureau de MENTHONNEX-S-CLERMONT  HTE SAVOIE -1E levée 17 JUIL 87.

Carte postale postée à Menthonnex-sous-Clermont à destination de Genève. Affranchissement avec un 45 centimes au type Merson, émis le 8 novembre 1906 et retiré le 3 mai 1924. Le tarif est celui de la carte postale pour l’étranger (tarif du 25 mars 1924). Il existe cependant un tarif préférentiel pour la Suisse à compter du 15 avril 1924: 30 centimes pour une carte postale. Annulation avec le timbre à date de type A3 du 12-6-24.

1816 – 1818 : Le rétablissement de la Poste Sarde en Savoie

Contexte historique: Le transport du courrier en royaume de Sardaigne était un monopole royal soumis des réglementations restrictives et des normes sévères. La première réglementation de la Poste sarde imposée par Carlo Emanuele di Savoia date du 19 septembre 1772.

La première annexion de la Savoie par la France fin 1792 met fin à l’administration sarde : La Poste devient française et enfin, les règles napoléoniennes s‘appliquent. Les marques postales à la française et les tarifs postaux français sont des signes bien visibles de cette transformation.

Après la défaite de Napoléon 1er, les deux traités de Paris (30 mai 1814 et 20 novembre 1815) rendaient au roi Victor-Emmanuel 1er sa province de Savoie dans sa presque totalité. Au 31 décembre 1815, toute la Savoie est de nouveau sous la coupe de l’administration sarde.

La Poste sarde continue d’utiliser les marques françaises, mais les receveurs grattent l’indicatif des départements. Surtout, on met fin aux règles napoléoniennes. La réglementation sarde de 1772 est rétablie et reste en vigueur jusqu’au 12 août 1818 quand une nouvelle réglementation est promulguée. Le 1er janvier 1819, la tarification de 1772 est remplacée par la nouvelle tarification du 25 septembre 1818.

Exemple : Lettre d’Annecy écrite le 9 avril 1816 pour Lyon, marquée par la marque française grattée « ANNECI », affranchie jusqu’à la frontière française (taxe sarde de « 2 » soldi (au verso (1), à noter : le chiffre 2 n’est plus écrit à la française), tarif du 19 septembre 1772, rétabli 1816 – 1818) et marquée à Pont-de-Beauvoisin par un paraphe à la plume (au verso (2)).

A noter :

  • La frappe de la marque française non grattée d’Annecy est connue en janvier 1816. Le 27 janvier 1816 est la date connue de la première frappe de la marque française grattée d’Annecy. Elle a été en service jusqu’en 1829.
  • Cette lettre n’est pas encore datée (à voir 1818 : les timbres à date linéaires).
  • La lettre a voyagée avant la première convention franco-sarde conclue le 28 juin 1817 et mise en exécution le 1er janvier 1818.

La lettre est taxée « 4 » (décimes) certainement par le bureau français à Pont-de-Beauvoisin. La taxe est conforme au tarif français de 1806/1810 : 4 décimes pour une distance de 101 à 200 km et un poids inférieur à 6 g. La Poste française a taxé le parcours total d’Annecy à Lyon, une habitude appliquée à la correspondance sarde jusqu’à la mise en vigueur de la première convention franco-sarde, le 1er janvier 1818.

Sous la marque ANNECI, se trouve le début d’un « 4 » annulé par un trait. Pourquoi ? Seul le postier qui a apposé la taxe pourrait nous répondre !

La lettre est arrivée le 14 avril 1816 à Lyon (au verso (3) : chiffre-timbre rectangulaire « 14 » en noir).

Le contenu de cette lettre : Par cette lettre, le « Noble Syndic de la ville d’Annecy, président de l’administration des Hospices » prie les « Messieurs de l’Administration des hospices de Lyon » de « nous faire savoir si nous pouvions obtenir deux sœurs hospitalières de l’hôpital de Lyon, sachant lire et écrire… ».

Source : Vollmeier, Paolo (ed.) : Storia Postale del Regno di Sardegna dalle Origini all’Introduzione de Francobollo, volumes I, II, III, Castagnola (Suisse), 1985.

 

1823: Les ports dûs sardes de La Roche

Il est toujours possible de faire des découvertes en marcophilie. Il en est pour preuve la découverte de deux marques de port-dû utilisées au XIXe siècle  à La Roche (ci-dessus):

L’énigme des marques de port dû de LA ROCHE.

Lettre de La Roche pour Magland du 1er mars 1821, marque de port dû LA ROCHE, lettre en franchise «service de la Justice par exprès » et « l’assesseur de la réforme ».

Lettre du 4 janvier 1849 adressée au Petit-Bornand, marque de port dû LA ROCHE, taxe manuscrite 2 décimes ( tarif de 1844).

Lors de l’acquisition d’une archive, la découverte de la pièce à gauche s’est bien rapidement transformée en énigme.

Pourquoi cette lettre, écrite le 2 août 1823, n’est pas marquée de la marque de port dû mise en service à la restauration sarde en 1815. Elle reçoit la marque manuscrite, De La Roche et une taxe de 5 sous (tarif du 12 août 1818). Elle est destinée à un notaire de Rumilly et écrite par son fils Jean.

Le bureau de La Roche fut bureau de direction dans le Département du Mont-Blanc, puis dans celui du Léman à partir de 1798. Il fut transformé en bureau de distribution relevant de Bonneville le 20 juillet 1802.

A la restauration sarde, La Roche devient un bureau de 4e classe avec une marque de port dû (à gauche) qui est normalement utilisée jusqu’en 1823.

En effectuant des recherches sur des lettres postérieures à 1823, il est très vite apparu que le bureau de La Roche possédait une nouvelle marque de port dû.

En comparant les deux marques, il est possible de relever des différences :

2017-02-laroche-4a  marque 1, avant 1823

2017-02-laroche-4b  marque 2, après 1823

Les lettres de la marque 1 mesurent 5 mm de hauteur, celles de la marque 2, 4,5 mm. L’écartement entre LA et ROCHE est différent. Le « O » est plus arrondi dans la marque 2 et la barre centrale du « E » est bien différente.

Il existe bien deux marques de port dû avant et après cette date de 1823. Mais que c’est-il passé ? Le mystère demeure. La première marque a-t-elle été perdue, brisée ? A ce jour, aucune explication.

1871 : Une lettre de Thônes pour la Nouvelle Orléans par New York

Thônes (Haute-Savoie) situé dans le Massif des Aravis au carrefour des vallées du Fier et du Nom, occupe une situation géographique privilégiée, qui depuis longtemps lui confère un rôle de centre administratif et économique. En 1872, Thônes eut une population de 2.770 habitants (2013 : 6.185). L’agriculture représente le secteur traditionnel du pays de Thônes. Le Reblochon est peut-être le produit le plus connu et le plus réputé. A partir de 1898, le tourisme est devenu un pilier complémentaire et incontournable pour la vie dans le pays de Thônes.

Vu le profil de ce bourg savoyard, il est assez remarquable de trouver une lettre de Thônes pour la Nouvelle Orléans écrite et postée en 1871.

Le voyage de la lettre : Lettre (1° échelon) de Thônes pour la Nouvelle Orléans par la voie d’Angleterre (mention manuscrite  et en plus, à gauche « paquebot anglais ») affranchie de l’émission Empire lauré (YT n° 32, 80c) plus de l’émission Cérès de Siège (YT n° 38b, 40c).  Le port total de 1,20 F est conforme au tarif du 1er juillet 1871 (timbre « PD » en rouge, payé à destination). Le timbre à date rouge « New York /  PAID ALL » indique que l’affranchissement couvre la totalité du parcours. Le tampon « 2 cents » (en rouge) correspond au  reversement du Royaume Uni aux Etats Unis pour couvrir le transport intérieur. Les timbres-poste sont oblitérés par le timbre GC (gros chiffres) 3978 (numéro du bureau de Thônes attribué en 1863), et la lettre est datée par le timbre à date à simple cercle (type T16) de Thônes, 1E levée du 6 novembre 1871. Elle a passée Annecy, le 7 novembre (timbre à date type T17 d’Annecy au verso), et a été acheminée à Calais par le 1° service du bureau ambulant Paris à Calais (service supplémentaire dit « de jour »), le 8 novembre, et arrivée à New York, le 19 novembre.

La famille Avet

La lettre est adressée à Madame Joseph Avet. Au site de la ville de Thônes, on peut trouver la biographie de Monsieur Joseph Avet.  Nous citons :

« Joseph AVET né le 27 août 1811. Joseph Avet appartenait à une vieille famille de Thônes. Son père, Jean-François dit Cadet, exerçait la profession de marchand tanneur sous les arcades et retirait de ses activités une honnête aisance qui lui permettait d’élever une famille de six enfants dont Joseph était l’aîné. Après ses classes d’instruction primaire, Joseph poursuivit sa scolarité au Collège de Thônes puis sans doute à Annecy. En 1831, il tirait un mauvais numéro (le 43) le désignant pour effectuer son service militaire, mais son père lui payait alors un remplaçant. Dans les années qui suivirent, il quitta la terre savoyarde pour s’en aller à Paris. Ayant trouvé un emploi de répétiteur ou de professeur dans la capitale à l’institution Saint-Victor, Joseph Avet y rencontra M. Hippolyte Pargoud, d’Albertville, qui avait déjà réalisé une grande fortune en Louïsiane, à l’exemple de ses oncles Girod — M. Avet se décida à partir pour la Nouvelle-Orléans (1837). Selon le chanoine Pochat-Baron: «Après avoir travaillé quelque temps au service des autres, il se lança pour son propre compte dans la grocery, c’est-à-dire dans le commerce de l’épicerie et de toutes sortes de marchandises. » Avec une inlassable persévérance, il réussit, dit L’Abeille de la Nouvelle-Orléans, à gagner une fortune assez importante qui lui permit de vivre confortablement dans sa résidence de la rue de l’Esplanade et de faire plusieurs voyages en Europe et plus précisément à Thônes sa ville natale, avec laquelle il avait gardé des liens affectifs et familiaux. »

Article connexe: Les Marques Postales et Timbres à Date de Thônes et ses Vallées au 19° Siècle